Parfois il arrive que des musiciens
de jazz se mettent à
faire des albums où ils
reprennent des chansons pop-pulaires
à leur façon.
Récemment j'ai même
écouté un album
d'Herbie Hancock où il
jouait "Mercy Street"
de Gabriel, "Scarborough
fair" de Simon et Garfunkel
ou "Norwegian wood"
des Beatles. Bon, c'est vrai
je me suis passablement ennuyé
mais, moi, j'aime ce genre d'albums
même si le père
Herbie m'a déçu.
Bref,
ici, le saxophoniste Barney
Wilen faisait donc il y a quelques
temps déjà lui
aussi son album de covers, et
sûrement en fonction des
chansons qu'il aimait. Et comme
le nom de l'album l'indique,
il s'agit de chansons françaises
(prononcer : french ballads).
Non pas de 87 mais très
antérieures. En effet,
Wilen est allé chercher
son inspiration dans des chansons
dont la majorité date
de Mathusalem... et peut-être
même avant.
Certaines te sont connus. D'autres
moins. Enfin tout dépend
l'âge que tu as.
On y trouve "L'âme
des poètes" (de
Trénet), "Sous le
ciel de Paris", "Syracuse",
"Comme d'habitude"
de l'inénarrable Claude
François (pourquoi pas
?... mais ce n'est pas lui qui
a composé le thème,
faut quand même pas pousser),
l'inévitable "Les
feuilles mortes" dont on
sait qu'elles se ramassent à
la pelle mais ici on ne le dit
pas car il s'agit d'un album
purement instrumental. Il y
a aussi "La vie en rose"
chantée jadis par Edith
Piaf ou "Les moulins de
mon coeur" de Michel Legrand.
A l'énoncé d'un
tel catalogue, tu vas me dire,
permets que je te cite : "Ca
sent la naphtaline, tout ça
!". Hé bien, je
te réponds : Non !
Car en jazz, peu importe le
thème musical seul compte
le feeling de ceux qui jouent.
En plus, le jazz n'a pas d'âge.
Ici question feeling, il n'y
a rien à dire. Ou plutôt,
disons que Wilen se montre un
soliste de premier ordre au
ténor et au soprano.
Avec un jeu inspiré et
diversifié et, ce qui
ne gâte rien, un son des
plus agréables. Ses coéquipiers
ne sont pas en reste (notamment
l'excellent Michel Graillier
au piano).
Faut-il aimer le jazz pour apprécier
pleinement ce disque ?
Peut-être
pas forcément. C'est
vrai qu'il sonne souvent comme
un fond sonore de film français
des années 60. En noir
et blanc bien sûr. Ca
fait aussi un peu "piano-bar"
au premier abord. Ca sent le
whisky et la cigarette (blonde
naturellement). Mais, c'est
un correct album de jazz. Pas
compliqué pour un sou.
Et avec les ingrédients
qui donnent le plaisir : gros
swing et sensualité.