«
Un été en hiver »
est adapté du mangaka Yoshiharu
Tsuge et surtout de deux de ses courts
récits, ici liés par le
personnage de Lee qui est scénariste,
écrit la première histoire,
et vit la seconde.
En
premier lieu, Nagisa se réveille
à l’arrière d’une
voiture garée, comme l’écrit
Lee, au bout d'une impasse. Elle n’a
aucune issue au mal qui l’étreint
et duquel tu ignores tout.
Car
cette première anecdote, comme
souvent le fut l’œuvre de Tsuge,
est elliptique, sans tension narrative
et avec une esthétique de non-dit.
Ici on suggère et on fait du cinéma
d’auteur en 4:3, alors tu perçois
la fièvre intérieure, l’inquiétude
diffuse, notamment via le bouillonnement
de la nature, les arbres comme la houle
et la houle enragée tels le désir
naissant et l’agitation non-exprimée
par Yuumi Kawai qui est d’une indicible
sensualité et Mansaku Takada qui
est trop jeune. Cette première
partie se conclut par l’emblématique
mihiraki, la double-page de l’homme
nageant seul dans la tourmente.
En
second lieu et à l’issu de
la projection sur grand écran de
ce premier récit enchâssé
et même carrément métadiégétique,
Lee (c’est l’ineffable Sim
Eun-kyeong) souhaite s'affranchir des
mots pour retrouver la fraicheur du premier
ressenti, et se rend donc dans l’arrière-pays
nippon. Elle passe la nuit dans une auberge
enneigée où vit un homme
seul dont le corps se penche et tel un
arbre mort il tend ses branches, comme
le chantait le grand Gérard Manset.
Plus
explicite que la première partie,
celle-ci joue sur l’empathie et
l’hospitalité du vieux monsieur
désabusé à la souffrance
contenue.
En
somme, « Un été en
hiver » ou plus littéralement
et correctement « Voyage et quotidien
» est un film qui oppose deux visions
parfois opposées de la solitude,
la rencontre, le fugace, la séparation
et le voyage comme quête de soi.
Difficile de représenter une double
page en 4:3.