"Le roi des aulnes"
est un autre roman fendard. C'est
vrai, y'en a beaucoup. Mais celui-ci
l'est peut-être plus que
les autres. D'ailleurs il reçut
pour cela le Goncourt en 1970,
une fort belle année dont
on se souvient qu'elle fut en
plus d'être celle de ce
beau bouquin de Tournier celle
d'une éternelle chanson
de Sacha Distel dont le titre
était "Toute la pluie
tombe sur moi", en ces temps
il pleuvait beaucoup, surtout
sur lui, pas de bol.
Ce
livre tant il a des qualités
fut vendu à plus de quatre
millions d'exemplaires, nettement
plus que "Comment réussir
à vendre un bouquin de
merde" de l'essayiste marseillais
César Garlaban. C'est sûr
que le titre l'a pas trop aidé.
Maintenant
je te raconte l'histoire complète
car je sais que pas con, t'iras
pas lire ce bouquin.
Donc
on a la super vie d'un gars un
peu demeuré, naze et solitaire,
ça se comprend. Comme il
est pas gâté par
la nature, du coup, il vit par
procuration, s'invente plein de
trucs délirants à
partir d'autres (aussi délirants)
pris dans quelques mythes anciens.
Enfin, un truc de taré.
L'auteur
qui maitrise la chose superbement,
c'est Tournier, un écrivain
connu aussi pour "Vendredi
ou les limbes du Pacifique"
un autre superbe bouquin qui se
passe un vendredi dans... euh...
le Pacifique, mais, bon, comme
y'a bien longtemps que je l'ai
lu, je peux me tromper, j'y retourne
dès que possible, l'auteur,
dis-je (j'espère que tu
te perds pas dans cette putain
de phrase (en ce moment je lis
beaucoup Proust, ceci expliquant
sûrement cela), bref, re-dis-je,
Tournier raconte tout ce qui arrive
de génial au non-héros
et donne la vision du même
non-héros, il s'appelle
Abel.
Et
c'est quoi ces événements
? Eh bien, on a droit au temps
de pensionnat du gars où
ça craint un peu et où
c'est pas forcément Disneyland.
Et puis, Abel devient un peu moins
jeune comme dans la vie et a une
attirance pas forcément
explicitée pour les enfants
mais, bon, voici qu'arrive la
guerre de 39 qui ne m'a pas tout
à fait déçu,
elle fut longue et massacrante
et je ne crache pas dessus...
Du
coup, ça arrange Abel,
on passe à autre chose
et notre gars devient bien sûr
un soldat nullo dans un régiment,
nullo aussi. Alors il est fait
prisonnier et envoyé loin
là-bas en Allemagne, peut-être
plus loin même. Et ce dépaysement
transforme notre personnage. On
le met au boulot sur les terres
d'un sale connard sanguinaire
nommé Göring, t'as
dû sûrement en entendre
parler même si c'est pas
ta période.
Puis,
comme par hasard, notre Abel (enfin,
le sien) se retrouve dans un camp
en contact avec des jeunes nazis.
Et, comme c'est la débacle,
les adultes du camp s'en vont
sur le front et le gus reste seul
avec une centaine de pré-ados
mais, les bolcheviques arrivent
le couteau entre les dents, si
l'on peut dire, et font tout péter.
Tout le monde est tué...
sauf Abel, faut ça.
Mais
bon, il découvre les horreurs
des camps de concentration, fuit
avec un enfant juif sur ses épaules
comme le roi des aulnes jadis
ogre voleur d'enfants justement
et s'en va plus loin près
d'une forêt pour une fin
où chacun y voit un peu
ce qu'il veut... ou pas.
Bref,
avec en bonus quelques superbes
divagations mythologico-psychologiques
vaseuses et de charmants arrêts
sur des paysages désolés,
j'ai kiffé grave.
Du coup je trouve que Tournier
avait bien mérité
le Goncourt.
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un
autre grand moment
de littérature
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Moins
goûteux
que
la pizza aux
anchois
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