Figure-toi, ami lecteur à
qui on ne dit pas tout que ce
bon Carlos, un beau jour de la
belle année 72, voulut
d'un coup devenir le McLaughlin
à moustache car sur le
chemin escarpé de l'existence,
il avait rencontré la lumière
et écouté par la
même occasion Coltrane.
Et
soudain la musique qu'il faisait
avec ses potes lui a paru un rien
futile ou du moins très
peu mystique. (A remarquer que
depuis il a changé d'avis
notre bon moustachu et s'est remis
au style, ou pas loin, qui, faute
de reconnaissance auprès
d'une certaine critique, a rempli
depuis copieusement son compte
en banque).
Bref, Santana avec "Caravanserai"
(dont il est à signaler
que la pochette ne correspond
pas du tout à la musique)
laisse ici tomber le latino-rock
qui avait fait le charme et aussi
la pérennité de
ses premiers albums pour une sorte
de latino-jazz dans la foulée
des albums jazz-rock de ses frères
de congrégation de l'époque.
Tu l'as compris, si tu suis, la
différence entre cette
oeuvre et la pléthorique
série djazeroquerantes
sorties en même temps que
cet album se fait au niveau de
la façon d'appréhender
la musique.
D'abord, Santana propose une suite
de thèmes où brillent
des percussions à tendance
latine. En ce sens il ne dévie
pas foncièrement de son
style de prédilection.
C'est à dire ce que le
groupe faisait de mieux. Donc
pas de vain contre-pied. "Caravanserai"
est une sorte de changement dans
la continuité. On n'y trouve
pas non plus, comme chez les mégalos
Mahavishnu, Return To Forever
et consorts, de nombrilisme aigu
ni de démonstration gratuite.
Ici tout se fait dans la fluidité.
Nappes d'orgues lancinantes. Percussions
omniprésentes. Guitares
parfois inspirées et mélodieuses.
Les passages chantés (très
peu nombreux, heureusement) sont
assez quelconques et du niveau
des chansons les moins intéressantes
des précédents albums.
Bref, "Caravanserai"
bien que de loin le meilleur album
et le plus cohérent de
la période latino-jazz
de Santana, je le trouve plutôt
décevant dans son ensemble.
Surtout quand on sait ce qu'aurait
pu donner le développement
des idées présentées
dans le flamboyant "Every
Step Of My Way" qui termine
en beauté cet album. De
quoi donner des regrets.