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Garde le mystère,
il te gardera

Terje Rypdal
Vossabrygg(2003)



Non mais, qu'est-ce qui lui avait pris au père Rypdal ? Ne voila-t-il pas qu'il nous sortait il y a quelques années déjà un album qui navigue entre la musique de Miles Davis de la fin des années 60 et de l'electro-jazz de tout à l'heure alors qu'il nous proposait d'habitude du Rypdal ? Pas toujours convaincant certes, mais du Rypdal pur jus. Garanti glacé, fluide, planant, nébuleux, baroque et même scandinave.

Du coup avec le premier titre très long (bien trop long) et nommé "Vossabrygg" qui, paraît-il, signifie en norvégien quelque chose comme "Biches Brew", oui, comme le nom du célèbre album de Miles Davis que tu connais par coeur bien sûr -, du coup, dis-je, j'ai l'impression d'écouter un vulgaire néo-Miles Davis. Et ce n'est pas parce que plein de musiciens de jazz à l'inspiration exsangue en font de même qu'il doit aussi en faire. Non mais, ça va pas Terje ?

"Bitches Brew", c'est génial bien sûr mais à quoi bon, dirais-tu, aller jouer les clones quand on s'appelle Rypdal et que depuis plus de trente ans, on s'évertue contre vents et marées à conserver son identité ? Je trouve ta question excellente. Du coup j'y réponds sans tarder et même tout de go : à rien !

En plus Rydpal a engagé pour l'occase un de ceux qui l'ont accompagné depuis des lunes, quelques aurores boréales et une flopée d'albums, soit le Miles Davis scandinave, j'ai nommé Palle Mikkelborg qui évolue à la trompette de qualité, certes, mais un peu à la trace.

Bon, tu l'as déjà compris : je n'aime guère les suiveurs qu'ils soient doués ou non.

Plus loin, l'ami Terje se lance dans l'electro-jazz comme je te l'affirmais plus haut. C'est bien fait et même plus intéressant que les originaux - il n'a pas à forcer, bien sûr, mais ça me paraît assez attendu même si ce n'est pas vraiment ça que j'attendais de cet album.

Maintenant, il est temps de poser les questions suivantes : où sont passées les envolées éthérées de cet original guitariste ? Qu'est devenue cette ambiance si particulière qui sent bon le fjord et la toundra ? Qu'a-t-on fait de la mégalomanie rypdalienne ? Terje va-t-il refaire un de ces albums douteux dont il a parfois le secret ? N'enregistre-t-il plus avec des orchestres symphoniques ? La terre se réchauffe-t-elle aussi en Norvège ?

Tout cela, ça fait un peu trop de questions. Alors, je répondrai seulement que ce disque ne me convient pas toujours. Ca manque nettement d'homogénéité, c'est loin d'être hypnotique et on ne retrouve pas souvent chez ce guitariste atypique, ce qui faisait sa force : le mystère.

Alors je te le dis tout net, mon vieux Terje : garde le mystère, il te gardera.