Non mais, qu'est-ce qui lui
avait pris au père Rypdal
? Ne voila-t-il pas qu'il nous
sortait il y a quelques années
déjà un album
qui navigue entre la musique
de Miles Davis de la fin des
années 60 et de l'electro-jazz
de tout à l'heure alors
qu'il nous proposait d'habitude
du Rypdal ? Pas toujours convaincant
certes, mais du Rypdal pur jus.
Garanti glacé, fluide,
planant, nébuleux, baroque
et même scandinave.
Du coup avec le premier titre
très long (bien trop
long) et nommé "Vossabrygg"
qui, paraît-il, signifie
en norvégien quelque
chose comme "Biches Brew",
oui, comme le nom du célèbre
album de Miles Davis que tu
connais par coeur bien sûr
-, du coup, dis-je, j'ai l'impression
d'écouter un vulgaire
néo-Miles Davis. Et ce
n'est pas parce que plein de
musiciens de jazz à l'inspiration
exsangue en font de même
qu'il doit aussi en faire. Non
mais, ça va pas Terje
?
"Bitches Brew", c'est
génial bien sûr
mais à quoi bon, dirais-tu,
aller jouer les clones quand
on s'appelle Rypdal et que depuis
plus de trente ans, on s'évertue
contre vents et marées
à conserver son identité
? Je trouve ta question excellente.
Du coup j'y réponds sans
tarder et même tout de
go : à rien !
En plus Rydpal a engagé
pour l'occase un de ceux qui
l'ont accompagné depuis
des lunes, quelques aurores
boréales et une flopée
d'albums, soit le Miles Davis
scandinave, j'ai nommé
Palle Mikkelborg qui évolue
à la trompette de qualité,
certes, mais un peu à
la trace.
Bon, tu l'as déjà
compris : je
n'aime guère les suiveurs
qu'ils soient doués ou
non.
Plus loin, l'ami Terje se lance
dans l'electro-jazz comme je
te l'affirmais plus haut. C'est
bien fait et même plus
intéressant que les originaux
- il n'a pas à forcer,
bien sûr, mais ça
me paraît assez attendu
même si ce n'est pas vraiment
ça que j'attendais de
cet album.
Maintenant, il est temps de
poser les questions suivantes
: où sont passées
les envolées éthérées
de cet original guitariste ?
Qu'est devenue cette ambiance
si particulière qui sent
bon le fjord et la toundra ?
Qu'a-t-on fait de la mégalomanie
rypdalienne ? Terje va-t-il
refaire un de ces albums douteux
dont il a parfois le secret
? N'enregistre-t-il plus avec
des orchestres symphoniques
? La terre se réchauffe-t-elle
aussi en Norvège ?
Tout cela, ça fait un
peu trop de questions. Alors,
je répondrai seulement
que ce disque ne me convient
pas toujours. Ca manque nettement
d'homogénéité,
c'est loin d'être hypnotique
et on ne retrouve pas souvent
chez ce guitariste atypique,
ce qui faisait sa force : le
mystère.
Alors je te le dis tout net,
mon vieux Terje : garde le mystère,
il te gardera.