Ce
qui frappe aux écoutes répétées
de cet album de jazz assez étonnant
c'est la formidable richesse des arrangements
d'une multitude de cuivres en furie
pour un big-band que Charles Mingus
mène de main de maître.
Ce cd propose une musique à la
fois libre, émancipée
et étonnamment maîtrisée.
Dans un foisonnement de cuivres impressionnants,
Mingus nous mène vers un ailleurs
brûlant, à mille lieues
des clichés inhérents
aux big-bands habituels d'un jazz classique.
Soignant particulièrement des
arrangements torrides, sensuels et virils
en diable, Mingus propose une œuvre
dont l'impact émotionnel est
énorme.
Les
thèmes sont tous assez identiques.
Début : un piano impressionniste
ou une guitare acoustique flamenco.
Après ça démarre
avec un air de valse. Puis se développent
comme à l'infini, limite transe,
des délires de cuivres souvent
proches du free-jazz dans un combat
titanesque entre des tubas sombres,
des trombones graves ou des trompettes
brûlantes.
Le
thème est répété
sans cesse, truculent, sauvage et prenant.
Chaque instrumentiste bouscule dans
un happening sonore l'autre avant que
tout s'apaise. Le plus souvent par un
saxo alto qui termine le thème
dans un solo étourdissant.
Cet
album est atypique dans le vaste monde
du jazz. Sans être free ou ellingtonnien,
mais parfois proche du blues il offre
un jazz qui dérange au premier
abord si l'on n'a pas suivi le parcours
de Mingus. Mais il subjugue rapidement
par son foisonnement orchestral et sa
puissance.
"The
black saint and the sinner lady"
est un autre chef d'œuvre de ce
grand artiste que fut Mingus, se remettant
toujours en question et cherchant sans
cesse de nouvelles directions.