Charles
Mingus
The
Black Saint And The Sinner Lady
(1963)
Ce
qui frappe aux écoutes
répétées
de cet album de jazz assez étonnant
c'est la formidable richesse
des arrangements d'une multitude
de cuivres en furie pour un
big-band que Charles Mingus
mène de main de maître.
Ce
cd propose une musique à
la fois libre, émancipée
et étonnamment maîtrisée.
Dans un foisonnement de cuivres
impressionnants, Mingus nous mène
vers un ailleurs brûlant,
à mille lieues des clichés
inhérents aux big-bands
habituels d'un jazz classique.
Soignant particulièrement
des arrangements torrides, sensuels
et virils en diable, Mingus propose
une œuvre dont l'impact émotionnel
est énorme.
Les thèmes sont tous assez
identiques. Début : un
piano impressionniste ou une guitare
acoustique flamenco. Après
ça démarre avec
un air de valse. Puis se développent
comme à l'infini, limite
transe, des délires de
cuivres souvent proches du free-jazz
dans un combat titanesque entre
des tubas sombres, des trombones
graves ou des trompettes brûlantes.
Le thème est répété
sans cesse, truculent, sauvage
et prenant. Chaque instrumentiste
bouscule dans un happening sonore
l'autre avant que tout s'apaise.
Le plus souvent par un saxo alto
qui termine le thème dans
un solo étourdissant.
Cet album est atypique dans le
vaste monde du jazz. Sans être
free ou ellingtonnien, mais parfois
proche du blues il offre un jazz
qui dérange au premier
abord si l'on n'a pas suivi le
parcours de Mingus. Mais il subjugue
rapidement par son foisonnement
orchestral et sa puissance.
"The black saint and the
sinner lady" est un autre
chef d'œuvre de ce grand
artiste que fut Mingus, se remettant
toujours en question et cherchant
sans cesse de nouvelles directions.
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