Laura
Agenda (de son vrai nom : Sylvette
Boulon) fait partie de cette
nouvelle génération
d'écrivains de tout à
l'heure qui font des bouquins
presque aussi passionnants à
lire que le catalogue de la
CAMIF, printemps-été
2025, je l'ai là sous
la main, c'est fascinant.
"J'aimerais que quelque
chose m'arrive quelque part"
est un recueil de trois nouvelles
qui parlent de personnages très
dans l'air du temps qui est
fait de tristesse, de solitude,
d'incompréhension et
en plus tout augmente.
Dans
un style à l'inspiration
fugace Laura Agenda tente de
proposer un livre avec plein
de mots pas forcément
placés bêtement
les uns après les autres
et avec en bonus une jolie syntaxe
même que c'est mieux que
ce qu'écrit mon cousin
dans ses rédacs.
Ca
commence avec "Je crois
bien que j'ai oublié
de sortir le beurre" où
Laura Agenda développe
le concept de l'incommunicabilité
entres deux êtres que
tout sépare. D'un côté
Max (c'est l'homme) qui - la
nuit avançant - aimerait
bien se sauter Christiane (c'est
la femme) qui, elle, est préoccupée
par le fait qu'elle a peur de
ne pas pouvoir demain matin
- si elle ne sort pas immédiatement
le beurre du frigo - beurrer
facilement ses tartines qu'elle
aime tremper dans son chocolat
chaud. Du coup, à la
fin, Max s'en va sans conclure.
En plus il est allergique au
beurre.
Après,
avec "J'aimerais que quelque
chose m'arrive quelque part",
l'auteur raconte un personnage
désoeuvré qui
s'emmerde tout seul chez lui
en écoutant le dernier
cd de Calogero. Au fil de ces
quarante-cinq pages, Laura Agenda
nous raconte les errances de
son anti-héros, un mec
vraiment trop con en quête
d'un espoir futile et vain.
Avec
la troisième et dernière
nouvelle nommée "Si
tu viens en retard, je serai
plus là", on sent,
palpable sous la plume de Laura
Agenda, le désespoir
sombre d'un homme qui, angoissé
dans une sinistre gare de banlieue,
alors qu'il vient de descendre
du train sous la pluie, attend
une femme dont le nom nous est
inconnu. Durant trente pages
assez chiantes au demeurant,
il se demande, fébrile
: "Et si elle arrivait
alors que je suis parti ? Viendra-t-elle
si je pars maintenant ? Et si
je reste, est-ce qu'elle viendra
quand même ? Est-ce qu'elle
se fout de ma gueule cette conne
? Vais-je rater le match à
la télé ?"
De guerre lasse, le personnage
finit par s'en aller sans qu'on
sache si la femme est finalement
venue.
Depuis,
Laura Agenda, ayant tout dit
dans cet excellent recueil de
nouvelles, a cessé d'écrire.
C'est bien dommage.