La
passion du Christ
Mel
Gibson (2006)
"La passion du Christ"
est une version hollywoodienne et
voulue réaliste des douze
dernières heures du Christ,
du jardin de Gethsémani au
Golgotha avec la résurrection
en épilogue. Gibson donne
ici une image du calvaire volontairement
éloignée de celle,
édulcorée, des représentations
habituelles. Le Christ en croix
n'a donc pas l'austérité
baroque d'un Zurburan mais est une
plaie béante lacérée
et humiliée entourée
de soudards et de bourrins aux dents
pourries. Les romains sont brutaux
et inhumains (quelques-uns sont
plus nuancés comme Ponce
Pilate) et les sacrificateurs et
la foule de suiveurs sont monstrueux
et cruels (quelques-uns sont plus
nuancés mais rapidement écartés
ou bien, de passage, comme Simon
de Cyrène, ou parmi les proches
de Jésus (Marie-Madeleine,
etc.).
"La
passion du Christ" est d'une
violence crue et permanente. Le
Christ endure les pires souffrances
pendant deux heures pour que tu
comprennes bien, toi, spectateur,
qu'il a beaucoup souffert pour tes
péchés. Ainsi la simple
phrase : "Alors Pilate prit
Jésus et le fit battre de
verges" devient une séquence
gore de dix minutes. C'est à
peu près par-là que
tu commences généralement
à perdre pied, parce que
c'est très laid, déjà,
mais aussi parce que c'est exagéré,
complaisant et inutile. D'autant
qu'il y a ensuite vingt minutes
de chemin de croix et encore faut-il
également passer par la crucifixion
dont l'atrocité est mise
en scène avec un raffinement
indéniable. Très bien,
Mel Gibson, j'ai compris !
Quoi
qu'il en soit, le film est sans
cesse à mi-chemin entre l'adaptation
stricte de la Bible (les connaisseurs
y trouveront une brouette de références)
et des passages purement visuels.
Ainsi aucun personnage n'est réellement
traité (Gibson ne voulait-il
pas sortir son film sans aucun sous-titre,
arguant que tout le monde connaissait
déjà l'histoire ?),
Hérode est un teufeur à
perruque entouré de mecs
cokés jusqu'aux oreilles,
Barrabas est un gros barbu rigolo
qui tire la langue, et il y a parfois
quelques flashbacks qui ne sont
pas là pour donner de la
profondeur à Jésus
mais davantage pour mettre en évidence
sa nature prophétesse. Et
tout ceci est surréalisé,
souvent de belle façon, d'ailleurs,
avec forces ralentis.
PS : Quand j'avais
vu le film au cinéma, lorsque
l'ouvreur avait ôté
le cordon qui nous empêchait
d'entrer dans la salle, il avait
dit : "Les spectateurs qui
vont voir le Christ, vous pouvez
avancer". J'avais imaginé
Jésus assis en bas, pour
un débat et une séance
dédicace.
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