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Déménagement


Shinji Somai

- 1993 -



L’ineffable Shinji Somai, souvenez-vous, réalisa la majorité de ses films dans les années 80, avec généralement des adolescents en constante évolution et au mouvement ininterrompu.

C’était un cinéma dynamique d’esthète et d’artisan, composé d’une suite de tours de force qui te maintenaient à distance de la plupart des émotions. La prouesse ou le ressenti, il faut choisir. Alors tu t’exclamais « non mais regarde cette scène ! » toutes les cinq minutes, irrémédiablement réjoui par un énième plan inventif.

Et puis il a fait « Déménagement ». Ici Ren subit la séparation de ses parents. Son père déménage, sa mère s’en félicite et établit un improbable contrat avec sa fille qui, elle, ne veut qu’une seule chose : que ses parents se remettent ensemble. Elle a 10 ans, refuse l’état de fait, se met en colère et résiste, se rebelle à l’école et court beaucoup, le tout soutenu par une foultitude de une scène-un plan (copyright Somai), dont celui de quatre minutes, central, avec l’explosion de la violence parentale, à quatre écrasés dans un corridor.

Ren finit par être à court d’idées et retente finalement le voyage familial au bord du lac Biwa qui aboutira à une demi-heure finale abstraite durant laquelle Ren, épuisée, s’engagera vers l’acceptation et l’inconnu pendant le festival du feu.

En somme, « Déménagement » est le grand chef d’œuvre de Shinji Somai, à la fois fondamentalement lui-même, mais où la vue d’artiste est au service d'une puissance émotionnelle qui ne se trouve dans aucun de ses films précédents.




Non mais regarde cette scène !