L’ineffable
Shinji Somai, souvenez-vous,
réalisa la majorité
de ses films dans les années
80, avec généralement
des adolescents en constante
évolution et au mouvement
ininterrompu.
C’était un cinéma
dynamique d’esthète
et d’artisan, composé
d’une suite de tours de
force qui te maintenaient à
distance de la plupart des émotions.
La prouesse ou le ressenti,
il faut choisir. Alors tu t’exclamais
« non mais regarde cette
scène ! » toutes
les cinq minutes, irrémédiablement
réjoui par un énième
plan inventif.
Et puis il a fait « Déménagement
». Ici Ren subit la séparation
de ses parents. Son père
déménage, sa mère
s’en félicite et
établit un improbable
contrat avec sa fille qui, elle,
ne veut qu’une seule chose
: que ses parents se remettent
ensemble. Elle a 10 ans, refuse
l’état de fait,
se met en colère et résiste,
se rebelle à l’école
et court beaucoup, le tout soutenu
par une foultitude de une scène-un
plan (copyright Somai), dont
celui de quatre minutes, central,
avec l’explosion de la
violence parentale, à
quatre écrasés
dans un corridor.
Ren finit par être à
court d’idées et
retente finalement le voyage
familial au bord du lac Biwa
qui aboutira à une demi-heure
finale abstraite durant laquelle
Ren, épuisée,
s’engagera vers l’acceptation
et l’inconnu pendant le
festival du feu.
En somme, « Déménagement
» est le grand chef d’œuvre
de Shinji Somai, à la
fois fondamentalement lui-même,
mais où la vue d’artiste
est au service d'une puissance
émotionnelle qui ne se
trouve dans aucun de ses films
précédents.
Non mais regarde cette scène
!