The Death Of My Guitar (traduction
de Cmepti moei ritapyi)
est un groupe underground russe
démentiel qui sillonne
l'Europe de l'est depuis déjà
une quarantaine d'années.
Passablement inconnu dans nos
contrées, DMG est un
dinosaure de la scène
expérimentale mondiale.
Bien que créé
à la fin des années
60, le groupe ne s'est réellement
stabilisé qu'en 1986
avec la sortie du dérangeant
"Communication after the
corrosion of disapointment".
Autour du multi-instrumentaliste
au surnom si particulier, Alain
Proust, la basse ronflante de
Vladimir Youri Korolev et les
percus de Dimitri Caspor (il
était serveur dans un
bar de Moscou lorsqu'il fut
contacté par le groupe)
ont donné ce côté
malsain et glauque caractéristique
de la musique de DMG en cette
fin de siècle.
Depuis la création de
DMG, les musiciens se sont succédés
au rythme d'un changement tous
les cinq ans. Les arrivées
permanentes ont donné
au groupe un style impossible
à qualifier, tantôt
punk, souvent métal,
parfois death avec des apports
uniques et souvent inspirés
d'instrumentations diverses.
On peut ainsi entendre des violons
country, des percussions sur
des airs de samba ainsi que
quelques interventions complexes
et totalement inattendues de
Proust qui pose souvent sur
des riffs acérés
une musique planante et savoureuse
à l'aide d'instruments
basés sur réactions
chimiques…
Le concept peut paraître
inconcevable mais le résultat
n'en reste pas moins déconcertant.
A l'image du groupe allemand
In Extremo qui fabrique ses
propres instruments, Alain Proust,
qui ne nie pas l'influence de
Klaus Schulze, imagine souvent
d'ingénieuses mécaniques.
Dès leur premier album,
"Dark Side Of Jupiter"
(1971), DMG met en place son
style qui est finalement de
ne pas en avoir. Cet album,
très controversé,
en inspirera plus d'un, notamment
Pink Floyd dont le "Dark
Side Of The Moon", sorti
2 ans plus tard, sera un succès
mondial.
En ce début de 21ème
siècle, dans l'anonymat
le plus complet malgré
une carrière déjà
conséquente et bien remplie,
DMG perpétue son œuvre
gigantesque qui n'a jamais connu
de limite musicale. Le dernier
opus du groupe, "The perfect
installation of my personal
integration" est un régal
de fraîcheur qui prend
sans cesse l'auditeur à
contre-pied.
Malgré une influence
évidente du King Crimson
d'"Islands", cet album
mêle de douces ballades
chantées en russe telles
que "Tapov" - avec
des paroles poignantes que Korolev
adresse à sa mère
-, à des hymnes martiaux
résolument métal
comme l'excellent "Yeah
! Yeah ! Yeah ! Yeah !"
qui comporte le refrain désormais
célèbre qui se
résume à ceci
: "Yeah ! Yeah ! Yeah !
Yeah !"
Du côté des expérimentations
pures, le "Succulent colonization
of communism slackening",
construction alambiquée
en 7 parties qui s'étend
sur plus de 23 minutes, nous
offre des incartades progueuses
surprenantes soutenues par des
paroles acerbes de Proust traîtant
ici du développement
du communisme après la
seconde guerre mondiale.
Obstinément novateur
et franchement envoûtant
et mélancolique, ce nouvel
opus de The Death Of My Guitar
est une claque énorme.
Il serait donc grand temps que
l'Europe jette une oreille sur
les productions russes.