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Une claque énorme !

The Death Of My Guitar
The Perfect Installation Of My Personal integration (2003)



The Death Of My Guitar (traduction de Cmepti moei ritapyi) est un groupe underground russe démentiel qui sillonne l'Europe de l'est depuis déjà une quarantaine d'années. Passablement inconnu dans nos contrées, DMG est un dinosaure de la scène expérimentale mondiale.

Bien que créé à la fin des années 60, le groupe ne s'est réellement stabilisé qu'en 1986 avec la sortie du dérangeant "Communication after the corrosion of disapointment". Autour du multi-instrumentaliste au surnom si particulier, Alain Proust, la basse ronflante de Vladimir Youri Korolev et les percus de Dimitri Caspor (il était serveur dans un bar de Moscou lorsqu'il fut contacté par le groupe) ont donné ce côté malsain et glauque caractéristique de la musique de DMG en cette fin de siècle.

Depuis la création de DMG, les musiciens se sont succédés au rythme d'un changement tous les cinq ans. Les arrivées permanentes ont donné au groupe un style impossible à qualifier, tantôt punk, souvent métal, parfois death avec des apports uniques et souvent inspirés d'instrumentations diverses. On peut ainsi entendre des violons country, des percussions sur des airs de samba ainsi que quelques interventions complexes et totalement inattendues de Proust qui pose souvent sur des riffs acérés une musique planante et savoureuse à l'aide d'instruments basés sur réactions chimiques…

Le concept peut paraître inconcevable mais le résultat n'en reste pas moins déconcertant. A l'image du groupe allemand In Extremo qui fabrique ses propres instruments, Alain Proust, qui ne nie pas l'influence de Klaus Schulze, imagine souvent d'ingénieuses mécaniques.

Dès leur premier album, "Dark Side Of Jupiter" (1971), DMG met en place son style qui est finalement de ne pas en avoir. Cet album, très controversé, en inspirera plus d'un, notamment Pink Floyd dont le "Dark Side Of The Moon", sorti 2 ans plus tard, sera un succès mondial.

En ce début de 21ème siècle, dans l'anonymat le plus complet malgré une carrière déjà conséquente et bien remplie, DMG perpétue son œuvre gigantesque qui n'a jamais connu de limite musicale. Le dernier opus du groupe, "The perfect installation of my personal integration" est un régal de fraîcheur qui prend sans cesse l'auditeur à contre-pied.

Malgré une influence évidente du King Crimson d'"Islands", cet album mêle de douces ballades chantées en russe telles que "Tapov" - avec des paroles poignantes que Korolev adresse à sa mère -, à des hymnes martiaux résolument métal comme l'excellent "Yeah ! Yeah ! Yeah ! Yeah !" qui comporte le refrain désormais célèbre qui se résume à ceci : "Yeah ! Yeah ! Yeah ! Yeah !"

Du côté des expérimentations pures, le "Succulent colonization of communism slackening", construction alambiquée en 7 parties qui s'étend sur plus de 23 minutes, nous offre des incartades progueuses surprenantes soutenues par des paroles acerbes de Proust traîtant ici du développement du communisme après la seconde guerre mondiale.

Obstinément novateur et franchement envoûtant et mélancolique, ce nouvel opus de The Death Of My Guitar est une claque énorme. Il serait donc grand temps que l'Europe jette une oreille sur les productions russes.