J'aime beaucoup l'oeuvre de
Miles Davis. C'était
l'un des musiciens les plus
créatifs de notre époque.
"Kind of blue" ou
"Bitches brew", pour
ne citer que les plus représentatifs
de deux facettes de son immense
talent, sont des chefs-d'oeuvres
incontestables. Mais ce n'est
pas parce qu'ici avec "Pangaea"
il s'agit toujours de Miles
Davis que je vais crier au génie.
En effet, cet album live enregistré
le même jour (en février
75) que le déjà
poussif "Agharta"
et lui ressemblant énormément,
n'apporte rien à l'oeuvre
de Miles Davis. Ce n'est qu'un
autre album de jazz-rock sans
pertinence, se contentant de
reprendre presque à l'identique,
l'aspect live en plus, des thèmes
déjà largement
développés en
studio et de meilleure façon.
Les
deux thèmes ("Zimbabwe"
et "Gondwana"), s'étirant
à l'infini (plus de 41
pour le premier et plus de 46
pour le second) entre longues
suites un peu fastidieuses de
montée de puissance suivis
d'apaisement, ne sont souvent
que vides et surtout redites
des "Maiysha" enregistré
en 74 et "Calypso frelimo"
(73), titres sublimes que l'on
retrouve sur le presque parfait
"Get up with it".
Miles
Davis est entouré donc
par les mêmes musiciens
que dans "Agharta".
Ce sont : Sonny Fortune (qui
joue des saxophones soprano
et alto ainsi que de la flûte),
Reggie Lucas et Pete Cosey aux
guitares électriques,
Michael Henderson à la
basse électrique, Al
Foster à la batterie
et Mtume aux percussions.
Fortune
est une triste copie sans réel
feeling de Coltrane, Foster
frappe sans finesse sur ses
fûts. On entend beaucoup
trop souvent Mtume seul aux
percussions.
Henderson
assure bien à la basse.
Quant aux deux guitaristes (Lucas
et cosey), ils sont sans invention,
froids et se contentant de sortir
tous les clichés jazz-rockeux
possibles.
Miles Davis fait quelques interventions
intéressantes à
l'orgue. Par contre, sa trompette
possède un son plutôt
affreux. Ses solos sont souvent
poussifs et disgracieux. De
plus, il semble au bout de son
inspiration. J'en veux pour
preuve le fait qu'à son
retour aux studios avec "The
man with the horn" en 80,
malgré le fait qu'il
retrouvât le son sensuel
et magique de sa trompette,
il refit marche arrière
proposant une pâle copie
du déjà ancien
"Bitches brew" avant
de se perdre dans une fusion
bon chic bon genre sans grand
intérêt.
Miles Davis ne sait plus très
bien où il va dans cet
album entre délires guitaristiques
free-rock sans âme, solos
de saxos clichés post-coltraniens,
percussions à foison,
batterie lourde, funk monolithique
et psychédélisme
post-hendrixien glacé.
Au
final, tu peux largement faire
l'impasse sur ce live étant
donné le nombre important
d'oeuvres majeures qui jalonnent
le long parcours de Miles Davis.